Regard sur l’art

MAURICE ODIC

jeudi 17 juin 2010, par Administrator

Maurice ODIC

Sculpteur et peintre depuis plus de 40 ans Maurice Odic ayant perdu l’usage de ses mains par suite d’un accident, a du se reconvertir au numérique en 98 mais très rapidement il renoue avec les recherches qu’il avait dû abandonner sur la matière et la lumière

"Dès que j’ai commencé à créer avec le numérique en 98 pour compenser la perte de l’usage de mes mains, j’ai perçu immédiatement tous les dangers recélés dans cet outil ; effets faciles, utilisation débridée de la couleur, simplicité spectaculaire des collages… Enfin tout ce qui rend possible un nouvel académisme. Je me suis donc attaché à ne pas tomber dans ces travers que toute ma vie j’ai combattus. Mon souci premier était de renouer avec mes recherches antérieures, effets de matière, de lumière, interprétation des formes, s’inscrivant dans une quête poétique sans laquelle l’art est pour moi inconcevable.

Il me fallait faire la preuve que le numérique n’est qu’un outil, qu’une technique comme l’huile, l’acrylique ou le pastel, qu’il ne saurait être en aucun cas un substitut à la création, mais je devais parallèlement, montrer ce qu’il est donné de faire avec un tel instrument, remplacement de couleur, d’intensité, de lumière, de formes, bref tout ce qui en quelques secondes peut être modifié grâce à l’ordinateur, alors qu’il faudrait des heures au pinceau."

Il y a, dans les œuvres de Maurice Odic, un équilibre subtil entre les grands raz-de-marée qui semblent vouloir anéantir la surface visible, et l’envol presque silencieux de papillons intérieurs. Le voyage mental auquel nous convient ces travaux infographiques est un surprenant mélange de matières picturales et de couleurs lissées par la technologie. Le pixel s’y fait lanterne secrète pour éclairer la nuit d’orage, traversée par un magma changeant, une fluidité inquiétante qui vient se lover entre les rochers les plus lourds de la raison. On ne sait plus en effet si l’on est en dehors, ou au contraire en plein cœur du maelström. Si les courants qui irriguent l’espace ont la taille d’un océan, ou bien la dimension d’une goutte d’eau. Et donc la vision qui nous submerge est elle aussi bien curieuse. Les habitudes de l’iris et de la pupille y sont misent à mal, au profit d’une vision chatoyante qui pourrait bien être celle d’une espèce à venir. La nôtre, débarrassée du poids ancestral de la perspective classique et du réalisme plat, pour gagner des espaces encore inconnus, alliance très précieuse de l’émotion et de la vue enfin délivrée des affres du quotidien en forme de réfrigérateur.

Nous sommes ici au cœur du volcan, de la cascade, du grain de pollen, de la poussière emportée par le vent, ou de l’herbe filant à la surface de l’eau vive. Et nous voyons le paysage éclater comme un bourgeon de printemps. Mais du point de vue du bourgeon.

Ludovic Tac

Site Web : www.mauriceodic.com

Courriel :

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